Les Anneaux de Pouvoir ont enfin leur guerre. Reste à trouver l’histoire
La saison 3 troque les complots murmurés contre une guerre ouverte et un Sauron aux objectifs clairs. Les enjeux s’éclaircissent, mais le spectacle seul ne convaincra pas les sceptiques.
Photo : Kevin Paul / Wikimedia Commons (CC BY 4.0)
Une série peut-elle reconquérir ses détracteurs en mettant la Terre du Milieu à feu et à sang ? C’est le pari de Prime Video avec la nouvelle bande-annonce de la saison 3 des Anneaux de Pouvoir, et nous pensons qu’il est meilleur qu’il n’en a l’air. Il est aussi incomplet.
Ce que la bande-annonce promet vraiment
Les faits sont simples. Comme le rapporte TVLine, la saison reprend cinq ans après la chute d’Eregion, alors que les armées de Sauron conquièrent presque tout. Seuls Khazad-dûm et les royaumes elfiques de Lindon et de Fondcombe tiennent encore, protégés par les Trois Anneaux. Pendant ce temps, Sauron s’active dans Barad-dûr, tout juste achevée, pour forger l’Anneau unique. Les quatre premiers épisodes arrivent le 11 novembre, suivis de deux le 18 novembre et de deux le 25 novembre.
Dans la bande-annonce, Sauron déclare: « Je vois que le chemin de la victoire est si certain. » Les showrunners jouent aussi cette carte. The Hollywood Reporter cite Patrick McKay, qui promet une saison « plus sombre, plus dangereuse… Personne n’est en sécurité ».
Les enjeux n’ont jamais été le vrai problème; la cohérence, si
La lecture facile voudrait que la série manquait d’enjeux. Nous dirions plutôt qu’elle manquait de colonne vertébrale. Pendant deux saisons, elle a jonglé entre Galadriel, Númenor, les Nains, les Piedsvelus et le déguisement de Sauron, et les pièces formaient rarement une seule histoire. Tout le monde savait que l’Anneau arriverait, et ce savoir ne créait aucune tension. Il rendait seulement les détours plus visibles.
La guerre ouverte règle le problème sur le plan structurel. Quand le méchant est démasqué et poursuit un objectif visible, chaque intrigue peut se mesurer à lui. Khazad-dûm se barricade ? C’est une réaction à Sauron. Númenor se divise ? Idem. Des critiques comme Mary & Blake défendent une idée voisine: l’Anneau unique donne à la série un moteur central. Nous sommes d’accord, avec une réserve: un moteur n’est pas une destination.
L’ellipse de cinq ans est aussi sous-estimée. Elle permet aux scénaristes de sauter le tissu conjonctif qui plombait la série. Le risque est inverse: si le public n’a pas vu comment ces personnages ont changé, la série devra nous le faire croire en quelques scènes.
Le spectacle, c’est la partie facile
C’est là que nous restons prudents. Une bande-annonce avec des bêtes ailées, un Mûmakil, un Balrog doublé par Simon Pegg et un Sauron qui enfile l’Anneau unique est conçue pour impressionner, et elle y parvient. Mais la série n’a jamais manqué ni d’argent ni de monstres. /Film estime que la série semble avoir vécu dans l’ombre de la trilogie de Peter Jackson. Cette ombre ne vient pas des batailles, mais de personnages que l’on suivrait n’importe où, et du sentiment que chaque scène a sa place.
Ce que la série a fait de mieux jusqu’ici était modeste: Sauron et Celebrimbor dans une forge, un homme en poussant un autre à sa propre perte. Cela fonctionnait parce que c’était intime et porté par des choix. La saison 3 doit préserver cette qualité alors que la toile devient immense. La guerre peut vite virer au papier peint: des armées qui marchent, des discours qui s’enchaînent, pendant que les personnages cessent de prendre des décisions intéressantes.
Le calendrier de diffusion comporte aussi un risque structurel. Huit épisodes sur trois mercredis, c’est un gros lancement puis des salves rapides. Cela favorise l’élan et l’immersion en rafale, mais laisse moins de place à la conversation semaine après semaine. Si les quatre premiers épisodes vacillent, le bouche-à-oreille aura peu de temps pour inverser la tendance.
Notre verdict
Les sceptiques ne doivent pas attendre de miracle, et les fans ne doivent pas croire qu’une bonne bande-annonce garantit la rédemption. Le potentiel est réel: un méchant clair, un compte à rebours clair et un monde déjà transformé. Si l’écriture traite Galadriel, Elrond et les autres comme des personnes qui réagissent à la perte, et non comme des pièces d’échecs avançant vers une fin célèbre, ce pourrait être la version que la série cherche depuis le début.
Notre conseil: regardez la première du 11 novembre les yeux grands ouverts, et jugez l’épisode quatre, pas la bande-annonce. Si la guerre impose aux personnages des choix plus difficiles et pas seulement des décors plus grands, Prime Video méritera la confiance. Sinon, aucune horde d’Orques n’y changera rien.
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