Hope prouve que le premier contact fonctionne mieux en drame humain
L'épopée extraterrestre coréenne de Na Hong-jin consacre une heure à l'effroi d'un village avant de montrer sa créature. Hollywood saute cette étape.
Image générée par IA
Et si le plus intéressant dans une invasion extraterrestre n'était pas les extraterrestres ? C'est le pari discret de Hope, premier long métrage de Na Hong-jin en dix ans, et un pari que la grande machine de la science-fiction hollywoodienne refuse obstinément de faire.
Les faits sont simples. Hope était en compétition à Cannes, comme le notent eldiario.es et la critique de Variety, et il est sorti dans les salles espagnoles le 30 octobre, selon que.es. Il dure 160 minutes. Hipertextual indique que son budget de 74 millions de dollars en fait la production la plus chère de l'histoire du cinéma sud-coréen. L'action se déroule à Hope Harbor, une ville frontalière près de la zone démilitarisée (DMZ), où le chaos coupe les communications avec le monde extérieur et où un chef de la police et un agent doivent mener la lutte des habitants pour survivre.
Nous resterons sans spoilers, car Hipertextual évoque un retournement final. Voici notre thèse.
Le monstre arrive tard, et c'est tout l'intérêt
que.es comme eldiario.es notent que le public attend près d'une heure avant de voir réellement la menace. eldiario.es y voit un lien avec Les Dents de la mer et Alien. À notre avis, la science-fiction des grands studios actuels fait plutôt l'inverse et place le vaisseau spatial dans la bande-annonce, sur l'affiche et dans la première scène.
Cette retenue n'a rien d'un caprice de style, selon nous. Elle semble la manière dont le film construit une communauté avant de la détruire. D'après que.es, la scène d'ouverture montre des chasseurs et un policier qui discutent de fusils pendant que le danger guette au bout d'une route de campagne. Les enjeux sont des personnes, pas des silhouettes de gratte-ciel. Na dit lui-même avoir voulu une ville isolée où, si la population a besoin d'une aide urgente, les renforts mettent des jours à arriver. C'est d'abord un cadre de drame, puis un cadre de science-fiction.
Le premier contact comme malentendu, pas comme guerre
La prémisse qui donne au film son poids philosophique est aussi la plus simple. Selon Hipertextual, un défaut de communication pousse des chasseurs locaux à tuer par accident un jeune extraterrestre, et les adultes, furieux, s'en prennent alors aux humains pour récupérer leur progéniture. Na confie à eldiario.es que les créatures ont été conçues pour paraître aussi répugnantes et inférieures que possible aux yeux des humains, avant que l'histoire ne révèle que ce n'est pas tout à fait le cas.
C'est le modèle qu'Hollywood ignore. L'extraterrestre de blockbuster habituel est un ennemi doté d'un point faible et d'un compte à rebours. Ici, les envahisseurs ont des motivations que nous pouvons reconnaître: la parentalité, la perte, la vengeance. Hipertextual décrit le film comme une réflexion sur le pouvoir, la peur et le temps. Nous ajouterions que la prémisse crée un certain malaise quant au camp à soutenir, ce qui va plus loin que la plupart des films d'extraterrestres « sérieux ».
Un modèle imparfait, et c'est très bien
N'exagérons rien. L'accueil critique est loin de faire l'unanimité. Variety le juge trop long, avec de « mauvais effets numériques » aux côtés d'une « action brillante ». La critique du SCMP lui donne 2 étoiles sur 5. que.es admet que le film traîne par moments et voit dans les apparitions d'Alicia Vikander et de Michael Fassbender la partie la moins satisfaisante. Le site de Roger Ebert le qualifie de « bonkers » (déjanté) et Empire de « film le plus gonzo de l'année ».
Nous lisons ce désordre comme une caractéristique de la démarche, non comme une réfutation. Un réalisateur avec un point de vue va voir trop grand, et un film trop ambitieux a au moins du relief. que.es soutient que l'ambition réside dans le montage et le rythme narratif plutôt que dans un nuage d'effets numériques. eldiario.es ajoute que l'équipe a passé trois mois à habiller la vraie ville de Haenam, tandis que les habitants poursuivaient leur vie. Un épisode de franchise conçu par un comité prend rarement le risque d'être aussi inégal.
Il y a aussi un bémol commercial. Selon eldiario.es, il ne s'agit que du premier chapitre de ce qui semble être une trilogie, toujours non confirmée. Ce serait le seul point où Hope ressemble à Hollywood, et nous le surveillerions avec inquiétude. Une partie de sa force tient à ce qu'il donne le sentiment d'être un objet complet et étrange.
Notre verdict
Allez le voir sur le plus grand écran possible, et préparez-vous à près de trois heures. N'y allez pas en attendant un cours de philosophie bien ficelé. La philosophie, telle que nous la lisons, passe en contrebande par un accident tragique et par deux camps incapables de se comprendre.
Pour les studios, la leçon est claire et sans doute malvenue: dépenser le budget pour des personnages auxquels on tient, retarder la révélation et faire de la créature autre chose qu'une menace. Hope n'est pas parfait. Mais il prouve qu'un film d'extraterrestres peut parler de nous.
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