Godzilla Minus Zero prouve qu’un monstre local peut défier la machine hollywoodienne
Un record le jour de sa sortie au Japon et une chance de prendre la première place aux États-Unis suggèrent qu’un film de kaiju soigné et ancré localement peut battre un événement de studio.
Photo : Dodoeggs / Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)
Et si le rival le plus dangereux d’un film d’animation hollywoodien à près de 100 millions de dollars était une suite japonaise, sous-titrée, consacrée à un lézard très en colère ? C’est la situation cette semaine, et c’est bien plus intéressant qu’un simple titre du genre « le kaiju bat le chat ».
D’abord, les faits. Toho a annoncé que Godzilla Minus Zero a rapporté 910 millions de yens (5,75 millions de dollars) le jour de sa sortie au Japon, un record de recettes en première journée pour un film en prises de vues réelles, avec environ 590 000 spectateurs. Aux États-Unis, Variety prévoit environ 30 millions de dollars dans 3 254 salles, tandis que TheWrap estime The Cat in the Hat de Warner Bros. entre 20 et 22 millions, pour un budget de près de 100 millions selon les informations disponibles. Ce sont des projections, pas des résultats, et elles peuvent bouger.
La recette est banale, et c’est tout l’intérêt
Rien ici n’a l’air d’un gadget. Takashi Yamazaki a remporté l’Oscar des meilleurs effets visuels pour le premier film, qui a rapporté environ 114 millions de dollars dans le monde selon TheWrap, et qui est devenu le premier Godzilla à décrocher un Oscar. Screen Rant avance un budget de 10 millions de dollars, selon les informations disponibles. Pour la suite, Yamazaki revient comme scénariste, réalisateur et responsable des effets visuels, de nouveau avec les acteurs Ryunosuke Kamiki et Minami Hamabe. Autrement dit, Toho a laissé le même cinéaste tourner un deuxième film après un premier que le public avait aimé.
C’est selon nous la leçon qu’Hollywood refuse obstinément d’apprendre. La force d’une franchise n’est pas un tas de propriété intellectuelle. C’est la confiance. Minus One a gagné cette confiance en étant effrayant, précis et ancré émotionnellement dans le Japon d’après-guerre. La suite l’encaisse. Les critiques aident: environ 90 % sur Rotten Tomatoes, même si Screen Rant note qu’il n’atteint pas les 99 % du premier, et certains critiques le jugent moins original.
Cat in the Hat est une mise en garde, pas le méchant
Il serait facile de condamner le film du Dr Seuss avant sa sortie. Ce sera probablement le choix familial par défaut jusqu’à l’arrivée de Hexed, de Disney, à Thanksgiving, et Bill Hader mène une grosse campagne promotionnelle. Mais le contraste est utile. D’un côté, un film arrive avec un lancement record au Japon et un prédécesseur qui a trouvé son public grâce au bouche-à-oreille et au streaming. De l’autre, un retour coûteux à l’animation en salles pour un studio qui, selon TheWrap, avait mis de côté Coyote vs. Acme avant que le film ne rapporte 101 millions de dollars dans le monde après son rachat par Ketchup Entertainment.
Ce dernier détail fait mal. Le problème de Warner, à notre avis, n’est pas que le public ne veut plus d’animation. C’est que le studio semble trop souvent traiter ses films comme des lignes budgétaires plutôt que comme des événements auxquels quelqu’un croit.
Ne surinterprétons pas le dégel des sous-titres
La lecture optimiste est que le public ne craint plus les sous-titres. TheWrap cite Demon Slayer et Squid Game à l’appui, et une première place ferait de Minus Zero seulement le quatrième film non anglophone en tête du classement du week-end américain. Nous y croyons en partie. Mais Minus Zero possède deux atouts qui manquent à la plupart des films étrangers: une marque de monstre qu’il est inutile d’expliquer et un prédécesseur disponible sur Prime Video comme porte d’entrée gratuite. Le distributeur GKIDS et le soutien d’IMAX aident aussi.
Ce n’est donc pas la preuve que n’importe quel film étranger peut y parvenir. Cela suggère qu’un certain type de film le peut: un genre au spectacle intégré, un réalisateur à la vision claire et un public préparé d’abord chez lui. Les semaines suivantes seront le vrai test, car les premiers week-ends récompensent les fans, et la tenue en salles récompense tous les autres. La grande concurrence pour le grand public, note TheWrap, sera The Hunger Games: Sunrise on the Reaping dans deux semaines.
Notre verdict
Allez le voir sur le plus grand écran possible, et si vous n’avez pas vu Minus One, regardez-le d’abord. Pour les studios, la leçon est moins confortable: un film plus petit et plus incisif, porté par un auteur, est en position de livrer un vrai combat à la machine sur son propre terrain. Si Minus Zero gagne le week-end, le titre ne sera pas que le Japon a battu Hollywood. Ce sera que la conviction a battu le comité.
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